[1pàlf] Ce petit frisson qui ressemble à de la peur


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Bonjour,

Exercice d'échauffement

Écrivez un texte à partir de ce que vous ressentez là, tout de suite. Je ne veux pas un texte autoréférentiel mais une fiction qui part de quelqu'un qui ressent quelque chose. Vous pouvez changer le décor, changer le sexe et l'âge et même l'espèce de la personne ou de l'objet ou de l'animal qui ressent quelque chose, mais pas le ressenti. Ce ressenti c'est le socle de votre texte et c'est ce qui lui donne sa vérité.

Prenez 15~20 minutes et voyez comment ça se transforme.

Les passages les plus intéressants à écrire sont aussi les plus terrifiants

Hier, j'étais en plateau et le clown qui me visite en ce moment était au rendez-vous. Il a plusieurs fois éclaté de colère. Je l'ai laissé faire mais à la fin, quand le clown est reparti, je me suis senti honteux et un "pardon" m'a échappé.

Il est bizarre, ce "pardon", parce qu'on est là pour ça : pour s'exprimer, pour explorer, pour jouer à faire semblant. En plateau comme sur la page sortent des aspects de l'humanité auxquels on ne veut pas forcément s'identifier. Quand je dis "on", j'entends soi, "je", ce masque que nous prenons pour notre identité.

Moi, Anaël, je n'étais pas à l'aise avec les débordements du clown, mais pour ce personnage-là, à ce moment-là, c'était juste.

C'est un obstacle, cette image que l'on veut renvoyer et cette honte quand on sort du cadre. Un obstacle à notre créativité et à la liberté d'expression qui rend l'art intéressant.

L'intertitre que j'ai donné à cette partie est une paraphrase d'un mail que m'a envoyé une participante à l'atelier du mardi suite à un retour que j'ai fait sur son projet.

Je disais : mon hypothèse c'est que tu ne vas pas assez dans les failles du personnage, et elle m'a répondu, en substance et sans rien révéler du projet : je le sens, je sens aussi que ce serait ce qu'il y a de plus intéressant à faire. Et ce qu'il y a de plus terrifiant.

Dépasser la peur

La peur, en ce qui me concerne et dans ce que je crois observer chez les auteurs que j'accompagne, ce que je retrouve dans beaucoup de livres sur l'acte créatif, la peur donc, est multiple.

C'est la peur de déborder que j'évoquais juste avant.

C'est la peur de ce que l'on va devoir traverser intérieurement si l'"on y va".

Ça peut être la peur de ce que l'on va découvrir de ce qui nous traverse (je ne dis volontairement pas "ce que l'on est" ou "ce qui nous habite", les personnages et les histoires nous traversent, on n'a pas besoin d'en faire un sujet psychanalytique, des fois c'est juste le résultat d'une écoute un peu trop fine du monde et des courants qui agitent l'humain en général).

Ça peut être la peur de ne pas savoir quoi faire de ce qui sort.

La peur est paralysante quand on ne sait pas de quoi elle parle.

Vous ne travaillerez pas pareil si vous avez peur du débordement ou si vous avez peur de ne pas savoir quoi faire de ce qui sortira.

Avoir peur n'est pas un problème. D'ailleurs, est-ce réellement de la peur ?

C'est peut-être le trac de s'exprimer et de ne pas savoir ce qui va sortir.

Ou le vertige avant de se jeter dans le vide.

Ou le petit frisson d'excitation que l'on ressent au moment de pousser une certaine porte pour la première fois.

Apprivoisez cette sensation et reconnaissez-la pour l'invitation qu'elle vous tend.

L'invitation au jeu et à l'audace du vrai

Écrire, c'est s'exprimer. S'exprimer c'est s'amuser et c'est se dire.

On ne se dit pas au sens autobiographique, mais au sens où l'on puise à notre expérience intime pour nourrir le texte, même si sa forme (ce qu'il raconte et comment il le raconte) n'a rien à voir du tout avec nous.

Ça peut être l'histoire d'un petit galet qui fait des ricochet et parler de notre vie en rebonds successifs. Ou de notre sentiment de rester à la surface des choses. Ou de notre sens de l'aventure.

La plupart du temps, on est obsédé par l'histoire : qu'est-ce que je raconte ? Où ça se passe ? Avec quels personnages ?

Et si, ce qui compte, c'était plutôt ce dont ça parle ?

Quand nous écrivons à partir de ça, du truc qui s'agite quand on écrit, de la manière dont ça parle de notre expérience du monde, de ce que ça nous fait d'être humain, d'exister, d'avoir vécu peut-être un moment précis de notre histoire, le reste a tendance à se mettre en place tout seul et même les maladresses d'écriture deviennent touchantes.

Si on se détache de la forme, une forme s'invite.

C'est peut-être ça le plus dur, accueillir la forme qui se présente et lui donner de la place, se décentrer de soi et se mettre au service de la forme.

Ce n'est pas mon idée de ce que doit être l'écriture, de ce qui est noble, des formes qui valent le coup, qui compte.

Ce qui compte c'est ce qui est là et comment je l'écoute et je l'entends et je l'aide à s'exprimer pleinement.

Mais pour ça, il faut oser se faire un allié de ce petit frisson qui ressemble à de la peur et qui est aussi de l'excitation. Et jouer avec.

À très bientôt,
Anaël Verdier

***

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Bonjour, je suis romancier et accoucheur d'auteurs.

J'écris pour les auteurs qui veulent construire une pratique durable et fidèle à leur vision artistique. Je partage mes outils et mes réflexions sur le métier d'auteur de fiction dans deux à quatre articles par mois. Je vous inviterai aussi régulièrement à des formations pour aller plus loin dans la construction d'une écriture qui vous ressemble.

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