[CDD] Quelle expérience ?


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Le "CDD", c'est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d'écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires.

Pour finir un projet, il est quasi indispensable de se fixer des objectifs.

Je veux dire, vous pouvez tenter de finir un roman sans passer par cette case, mais ça va être un joli chaos. Vous n'aurez pas de ligne directrice pour vos sessions d'écriture, vous aurez une vision vague de votre progression, il y a de grandes chances que vous perdiez le fil plus d'une fois.

Résultat, vous finirez probablement votre livre, mais vous mettrez au moins trois fois le temps.

Vous fixer des objectifs vous permet de :

  1. nommer ce que vous cherchez à faire
  2. évaluer en temps réel comment vous vous en sortez

Nommer

Commencer un projet peut paraître accidentel. Vous avez une idée, vous accumulez quelques textes d'écriture libre, et au bout de quelques mois vous dites : "Hey ! Si j'écrivais un livre à partir de tout ça !"

Alors vous faites un point plus ou moins vague sur ce que vous avez : quelques personnages et décors, une piste d'intrigue qui vous semble tenir la route et l'envie de passer du temps dans cet univers.

Si vous êtes un peu outillé, vous construisez une structure en trois actes ou une liste de chapitres correspondant aux événements par lesquels vous avez l'impression que votre histoire doit passer.

Et c'est parti.

Ce n'est pas une mauvaise manière de démarrer un projet, mais ce n'est ni la plus sûre ni la plus optimale ni la plus efficiente.

En vous fixant des objectifs, vous allez un peu plus loin. Vous nommez des étapes et chaque fois que vous nommez une étape, vous êtes en fait en train de faire connaissance avec le projet.

Vous dites : "je vais écrire 12 chapitres" et vous donnez un titre de travail à chacun ("la rencontre", "les beaux jours", "de l'eau dans le gaz", "la crise", "la tentative de sortir de la crise", "la rupture", par exemple).

Chacun de ces titres et à la fois une décision : vous voulez raconter cette étape de cette histoire, lui consacrer du temps et explorer ses nuances.

C'est aussi une évaluation : est-ce vraiment la direction que vous avez envie de donner à cette histoire ? Est-ce que ça vous réjouit de raconter ça ? Est-ce que ça vous paraît juste ?

Quand vous hésitez, que vous ne trouvez pas les mots, que vous commencez à vous dire, au septième chapitre "j'en ai déjà intitulé 6, je verrai pour les autres après", c'est l'indice d'une décision que vous n'arrivez pas à prendre et de la nécessité de regarder de plus près les questions que soulève, par exemple, le chapitre 7. Que vous manque-t-il pour prendre la décision ?

Un autre exemple, quand vous fixez votre planning d'écriture et que vous dites : "je vais écrire 1000 mots par jour", par exemple, c'est aussi la décision de votre engagement dans le projet (ce n'est pas anodin de se consacrer chaque jour à une pratique créative) et une évaluation (de votre envie, de ce qui résiste, du temps que ça vous demande de libérer, de vos ressources face aux imprévus du projet).

C'est à ça que ça sert de nommer des objectif : poser et évaluer une envie, la traduire en décision, et vous engager à respecter cette décision.

Pas facile, mais important. C'est un des socles de votre persévérance future.

Evaluer votre progression

Vous tenez un journal d'écriture dans lequel vous notez, pour chaque session, la quantité de texte que vous avez écrite et la façon dont vous avez vécu votre écriture, la façon dont votre perception de votre projet évolue, les questions qu'il vous pose.

Ce journal, vous le mettez en regard de vos objectifs.

Mettons que votre objectif soit d'écrire 1000 mots par jour. Votre journal vous dira si vous avez écrit 728 mots le lundi, 1204 le mardi, 310 le mercredi, 1002 le jeudi et 1011 le vendredi.

Vous verrez que la moyenne n'est pas celle que vous visiez. Ce n'est pas forcément la moyenne le problème, c'est peut-être que votre projet est plus complexe que prévu et que le mercredi vous avez eu besoin de revenir à votre carnet de recherche pour préciser un personnage ou un enjeu et questionner une scène.

L'écriture ne se fait pas que sur la page et s'astreindre à un nombre de mots arbitraire a peu de sens. C'est un outil, le wordcount, une manière de se forcer à dépasser l'inertie et la résistance et la procrastination et l'envie de faire autre chose dès qu'un bout de texte nous échappe.

Se dire "je veux arriver à mille", ça nous pousse à l'action mais il ne faut pas confondre la fin et les moyens.

Pourtant, il importe de mesurer et de confronter nos objectifs à la réalité de notre pratique, et de nous frotter aux questions que cette comparaison soulève. Pourquoi n'ai-je pas atteint mon quota ? Est-ce que j'ai travaillé mais pas sur la page ? Est-ce que j'ai esquivé une difficulté ? Est-ce que je reconnais une de mes stratégies d'évitement ?

Il arrive qu'il n'y ait rien eu d'autre qu'une mauvaise journée, mais souvent, il y a un inconfort face au projet, une direction artistique qu'on n'a pas encore prise, une hésitation qu'on n'a pas encore tranchée, une incertitude que l'on n'arrive pas à dépasser.

C'est à cela que sert d'évaluer notre progression.

Les objectifs d'expérience

Je spoile un peu ma vidéo de mercredi prochain, mais il existe un type d'objectif important, qui n'est pas quantitatif, et qui nous aide à augmenter notre capacité d'action sur la satisfaction que provoque notre écriture, c'est l'objectif d'expérience.

Il s'agit de répondre à la question : "quelle expérience ai-je envie de (faire) vivre ?"

Dans le texte, d'abord, c'est ce que l'on a envie de faire ressentir à nos lecteurs, l'émotion, l'atmosphère, la compréhension qui émanent du texte.

Dans notre pratique, aussi, c'est ce que nous voulons que l'acte d'écrire engendre en nous comme sensations, comme émotions, comme défis artistiques.

Je développe davantage le sujet dans ma vidéo de la semaine prochaine, mais vous pouvez dores et déjà expérimenter avec cette question, et vous appuyer sur vos lectures pour observer comment un texte, en particulier un texte de fiction, c'est d'abord une expérience de lecture.

Anaël "façonneur d'expériences" Verdier

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Autres actus :

Ma dernière vidéo : Lire pour apprendre à écrire

On peut améliorer son écriture en lisant, à condition de ne pas lire passivement. Dans cette vidéo et la fiche associée, je vous guide dans une technique de lecture active destinée à vous faire transformer vos lectures en outils d'écriture.

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Bonjour, je suis romancier et accoucheur d'auteurs.

J'écris pour les auteurs qui veulent construire une pratique durable et fidèle à leur vision artistique. Je partage mes outils et mes réflexions sur le métier d'auteur de fiction dans deux à quatre articles par mois. Je vous inviterai aussi régulièrement à des formations pour aller plus loin dans la construction d'une écriture qui vous ressemble.

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